Reconnaître la qualité

Le cœur d’un foyer de masse est fait de briques ou de béton réfractaire. Dans les cœurs faits d’une manière artisanale avec des briques réfractaires (ou dites «briques à feu»), on retrouve différentes qualités de briques. Celles que l’on dit «commerciales» sont de moindre qualité alors que celles dites de qualité «industrielle» sont supérieures. Leur prix est aussi plus élevé. C’est pourquoi il est important de reconnaître la qualité.
Il en va de même avec le béton réfractaire. Puisqu’il compose une des parties les plus importantes du foyer, il est donc crucial d’être capable de détecter un béton de mauvaise qualité.
(Pour savoir ce que veut dire le terme «réfractaire», je vous invite à consulter la question plus loin.)
Avant de vous donner les trucs, quelques précisions.

Tout d’abord, il est important de savoir que, même s’il est vrai que les températures dans un foyer de masse sont élevées et leurs variations importantes, la science des bétons réfractaires est suffisamment évoluée pour trouver le béton approprié qui fera durer votre foyer des décennies.

Toutefois, il y a une question de prix. Par exemple, les experts de Feu vert ont choisi un béton de qualité industrielle, à un prix le plus abordable possible. Pas à un prix bon marché, parce qu’un béton réfractaire de qualité industrielle, pour cette application qu’est le cœur d’un foyer de masse, ne peut être bon marché. Mais à un prix quand même abordable.

L’important est que le béton utilisé soit de qualité industrielle et que ses caractéristiques soient appropriées à un chauffage au bois. Mais il y a autre chose.

On peut prendre le meilleur des bétons mais s’il est mal coulé, le résultat final peut être désastreux. Le béton réfractaire est une science et le matériau est bien plus délicat à manipuler que le béton ordinaire. J’ai évoqué l’étape du coulage mais il y a aussi celle du cuvage, tout aussi importante.

En résumé, il y a deux conditions pour qu’un cœur de foyer de masse préfabriqué soit de qualité:

  1. il faut un béton de qualité et sélectionné pour l’usage d’un foyer de masse;

  2. il faut fabriquer les blocs dans les règles de l’art.

Si ces deux conditions sont remplies, normalement le cœur du foyer durera des décennies, et c’est ce qu’on est en droit de s’attendre d’un foyer de masse. Le pire survient quand le fabricant a économisé sur la qualité du béton et que celui-ci, de surcroît, est mal coulé.

Comment savoir que les blocs du cœur d’un foyer préfabriqué sont de qualité?

Première situation. Vous venez d’acheter un cœur de foyer de masse et vous vous apprêtez à le monter.

Premier critère: les blocs d’un cœur doivent être lourds. Il est difficile de juger de cela quand on n’a pas de points de comparaison mais plus les blocs vous apparaissent denses, durs, lourds, mieux c’est. En tapotant sur les blocs,

si vous avez l’impression que le son émis se rapproche d’un ding ding, un peu comme si l’on frappait un morceau de verre, c’est une bonne indication. Si, en revanche, vous avez l’impression qu’ils font plutôt un toc toc sourd, ce n’est pas l’idéal.

Si vous avez l’occasion de prendre un bloc de béton Feu vert dans vos mains un jour, vous aurez un bon point de repère de ce qu’il faut viser et vous comprendrez mieux.

Le poids du béton réfractaire n’est pas un critère universel car un béton de qualité peut être léger. Cela dépend de son usage. Le cadre de béton du système de fixation des portes Feu vert est léger et relativement peu solide si on le compare au béton du cœur. Son rôle est d’isoler la chaleur, pas de l’absorber. Mais pour le cœur, le poids et la dureté sont des critères.

Deuxième critère: les blocs doivent être uniformes. Regardez un bloc et vous verrez qu’il y a toujours un côté lisse et un côté rugueux.

Le côté lisse s’est retrouvé dans le fond du moule lors du coulage (photo de gauche) et le côté rugueux sur le dessus (photo de droite).

 

 

 

 

Maintenant, examinez bien le côté lisse. Un béton réfractaire est composé de granulats, autrement dit de petits cailloux. Ces cailloux doivent impérativement être répartis uniformément dans tout le bloc, sans qu’on puisse les détecter. Si vous voyez le moindrement les agrégats sur le côté lisse du bloc, il y a un problème. Faites cette vérification aussi par la tranche du bloc (photo suivante) pour voir si le bloc est uniforme, sans stratification, sans ségrégation des matériaux.

 

 

 

 

 

Regardez maintenant le dessus du bloc. La surface rugueuse du dessus ne doit absolument pas être poudreuse.

Si vous êtes capable de gratter une poudre avec votre ongle ou même avec un outil ou une pièce de monnaie, cela confirme qu’il y a vraiment un problème, un gros. Si cette poudre se retrouve en plus sur les côtés jusqu’à nuire à l’emboîtement des blocs, il faut réagir, je vous le dis. Ce béton-là n’aurait jamais dû sortir de l’usine. Ni y être produit non plus, d’ailleurs.

Il m’est déjà arrivé de voir au moins un demi centimètre de poudre se détacher d’un bloc. Ce n’était pas un Feu vert, je pense que vous avez deviné…

Troisième critère: la surface rugueuse ne doit pas être remplie de gros trous et d’anfractuosités. Il y a toujours une surface rugueuse, d’accord, mais on ne doit pas y retrouver des cratères gros comme des pièces de 25 sous et plus. Ce critère, jumelé aux deux premiers, confirme le mauvais diagnostic.

Seconde situation.

Vous vous trouvez devant un foyer de masse en opération. Vous ne pourrez donc pas vérifier les surfaces ni la tranche des blocs.

En effet, la partie rugueuse des blocs se retrouve du côté du recouvrement, recouverte par la brique. Elle est donc inaccessible. Quant à la partie lisse, elle se retrouve dans l’âtre et vous y avez accès. Il sera difficile d’avoir la certitude que les granulats sont en densité différente puisqu’on ne voit pas les autres parties du bloc, en comparaison.

Cependant, si vous vous apercevez qu’aux endroits léchés par la flamme, le béton commence à être grugé et à se détériorer, il y a un problème. Pour confirmer votre observation, prenez une pièce de monnaie et grattez la surface du bloc à l’endroit qui semble effrité, puis ailleurs.

 

On juge un béton réfractaire dans les deux ou trois premières années. S’il est resté intact pendant cette courte période, il a toutes les chances de durer. Dans le cas contraire, personne de peut prédire ce qu’il en adviendra car, à l’évidence, il n’a pas atteint à la fabrication les spécifications pour lesquelles il a été conçu. Le pronostic est mauvais.

Vous avez maintenant quelques éléments vous permettant de juger quelque peu de la mauvaise qualité d’un béton. Vous ne pourrez pas juger de la bonne qualité et cela ne fera pas de vous un inspecteur en bétons réfractaires. Juger de la bonne qualité d’un béton est plus complexe. Mais vous pourrez peut-être identifier les pires cas et éviter à certaines personnes une mésaventure.

Un autre conseil, méfiez-vous de l’inconstance d’un produit. Il se peut que le béton d’un cœur paraisse pas si mal alors que celui d’un autre foyer provenant de la même compagnie soit dégradé. Une entreprise qui n’a pas implanté de contrôles stricts des procédés et des procédures de fabrication des bétons fonctionne au hasard. Et si elle réussit à produire parfois une qualité acceptable, c’est aussi un hasard.

Des bétons de piètre qualité, tels que décrits dans cette rubrique, ne devraient jamais se retrouver dans des foyers de masse.
Malheureusement, de telles situations se produisent au Québec.
Souhaitons que le tort que cela causera dans quelques années à l’industrie des foyers de masse, lorsque les clients s’apercevront de la progression des dommages, ne sera pas trop grand.